Dimanche, les Romands seront appelés aux urnes sur deux enjeux qui dessinent des visions radicalement opposées de la Suisse. La première initiative, portée par un collectif émanant notamment de l’extrême gauche et de certains pacifistes, entend graver dans la Constitution une neutralité « perpétuelle et armée », fermant définitivement la porte à toute alliance militaire, même défensive. La seconde porte sur l’alimentation et s’inscrit dans un débat plus constructif sur la souveraineté alimentaire.
Sur le papier, l’initiative sur la neutralité sonne inoffensive. Qui pourrait s’opposer à protéger l’indépendance suisse ? Mais la réalité est plus nuancée. Le Conseil fédéral et le Parlement estiment que la neutralité, telle qu’elle est pratiquée depuis 1848, a fait ses preuves. La Constitution fédérale offre aujourd’hui au Conseil fédéral la marge de manœuvre nécessaire pour défendre les intérêts de la Suisse dans un monde en changement. L’initiative limiterait cette marge de manœuvre.
Derrière ces lignes, c’est toute la question de la flexibilité diplomatique qui se pose. L’initiative voudrait que la Suisse ne doit adhérer à aucune alliance militaire ou défensive ni coopérer avec une telle alliance. Une coopération est toutefois possible, mais uniquement en cas d’attaque militaire contre le pays ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque. Cela signifie concrètement une Suisse incapable de répondre aux menaces intermédiaires, aux crises régionales ou aux défis sécuritaires transnationaux qui ne prennent pas la forme d’une attaque frontale.
Les sondages révèlent déjà le verdict probable. L’initiative sur la neutralité aborde la phase principale de la campagne avec un avantage clair pour ses opposants. Plus révélateur encore, les positions sont déjà relativement bien établies : 73 pour cent des personnes ayant l’intention de participer ont une intention de vote ferme pour ou contre l’initiative. Les esprits sont tranchés, ce qui trahit un débat déjà clos pour beaucoup de citoyens.
Pour les Romands, particulièrement sensibles aux enjeux de diplomatie et de coopération internationale, le choix revêt une symbolique particulière. Genève, siège de tant d’organisations internationales, verrait son rôle de plaque tournante des négociations fragilisé par une Suisse enfermée dans une posture intemporelle. Vaud, avec ses enjeux climatiques croissants, mesure aussi combien la capacité à agir collectivement internationalement compte pour affronter les défis transfrontaliers.
Le vote de dimanche n’est pas un referendum sur la paix ou la sécurité, mais sur la sagesse d’enfermer la Suisse dans des chaînes constitutionnelles rigides à une époque où l’imprévisibilité domine. C’est le débat que les Romands auront finalement à trancher.