Suicides et violences domestiques: le scandale suisse de l’invisibilité

Politique

Au coeur d’une lacune institutionnelle stupéfiante, la Suisse ne dispose d’aucun système permettant de savoir si une personne décédée par suicide avait précédemment subi des violences domestiques. Cette absence de données soulève des questions élémentaires sur la protection des droits et la prévention.

Un postulat déposé au Conseil fédéral demande de faire changer cette situation. Une initiative minimaliste en apparence, mais qui révèle un vide pédagogique et politique dans l’État suisse: tandis que d’autres nations européennes établissent des liens probants entre maltraitance et décès, la Suisse romande et helvétique restent les yeux fermés.

Un tabou mortifère

Le silence institutionnel sur cette corrélation potentielle n’est pas innocent. Il entretient un tabou double: celui du suicide d’une part, celui des violences conjugales de l’autre. Les victimes, notamment les femmes, demeurent invisibles dans les statistiques officielles, privées de reconnaissance publique et, surtout, de ressources préventives adéquates.

Ailleurs en Europe, des études montrent que les femmes victimes de violence domestique courent un risque significativement accru de décès par suicide. Confrontée à l’absence de tels travaux en Suisse, comment les cantons et la Confédération pourraient-ils élaborer des mesures ciblées d’intervention? Comment les équipes de prévention opéreraient-elles sans donner de nom au danger?

L’impératif de la transparence

Ce vide documentaire contraste cruellement avec la prétention helvétique à l’excellence administrative. La Suisse dispose des outils techniques et de l’infrastructure statistique nécessaires. Elle collecte méticuleusement mille données moins vitales. C’est une question de priorités politiques.

Accepter enfin que ces données soient croisées, documentées et rendues publiques exigerait un acte de courage: reconnaître qu’il existe une violence systémique dont on ne parle pas suffisamment. C’est précisément ce que demande ce postulat.

La Suisse romande, région qui affiche une sensibilité aux questions de droits fondamentaux et d’égalité, ne peut rester indifférente à cet appel. Le Conseil fédéral attend désormais une réaction à la mesure de l’enjeu.