Douze mille Romands dans la rue : le climat impose son urgence aux politiques

Politique

La rue se rebelle. Samedi dernier, la marche lausannoise a démarré avec une estimation de 6000 personnes avant de culminer à 12 000 participants, selon les autorités. A Genève, le cortège a réuni 7000 personnes selon les organisateurs. Au total, les mobilisations « Pas d’étés à 50 degrés » ont commencé à Lausanne et Genève avec des milliers de manifestants défilant pour exiger un sursaut dans l’action climatique, après un été caniculaire sans précédent.

Ce qui frappait dans ces cortèges, c’est l’hétérogénéité des participants. Les manifestants de tous âges, venus de nombreuses régions de Suisse romande, investissaient les rues pour réveiller l’urgence politique à agir contre le réchauffement climatique. Des personnes de milieux affectés par la canicule, notamment l’éducation de la petite enfance et l’agriculture, ont pris la parole. Le message était clair : le dérèglement climatique ne relève plus de l’abstraction, il frappe ici et maintenant.

L’électrochoc de l’été 2026

Pour les plus de 100 associations et partis organisateurs, l’été 2026 devait servir d’électrochoc, car les mesures politiques ne sont pas à la hauteur ni assez rapides, malgré l’existence de plans climatiques. Les pancartes n’étaient pas polies : « Le monde ressemble à un lendemain de fête », « Ni canicule, ni résignation ». On lisait aussi « Suffoquer n’est pas une fatalité ».

A Genève, les voix en première ligne ne mâchaient pas leurs mots. La professeure à l’Université de Lausanne et coautrice du rapport du GIEC Julia Steinberger a dénoncé le fait que plus de trois décennies ont été perdues en raison d’obstruction climatique des lobbies des énergies fossiles. La présidente des Vert-e-s suisses Lisa Mazzone a fustigé les « politiciens de droite qui ont nié puis refusé l’urgence climatique ».

Un mouvement qui dure

Samedi n’était qu’un commencement. D’autres manifestations de ce type auront lieu dans plusieurs villes du pays jusqu’au 2 octobre. Plus largement, le mouvement écologiste retourne dans la rue tout au long de l’automne, dans une douzaine de villes suisses, huit ans après le début des grandes mobilisations des grèves du climat.

Les organisateurs assurent que ce n’est qu’un début et entendent inscrire le mouvement dans la durée afin de faire du dérèglement climatique une urgence absolue. L’échéance politique clé, c’est 2027. La présidente des Verts a appelé à se mobiliser pour les élections nationales de 2027 et au-delà.

En Suisse romande, le climat était déjà en tension politique. Ces manifestations viennent renforcer un axe de clivage qui ne cessera de peser sur le scrutin fédéral : d’un côté, une urgence climatique qu’une large frange de la population juge ignorée ou minimisée ; de l’autre, un système politique accusé de traîner les pieds malgré les plans annoncés. Samedi, douze mille voix à Lausanne, plusieurs milliers ailleurs : la rue impose le sujet à l’ordre du jour politique romand, quoi qu’il en coûte.