La Suisse romande saigne ses médias. Après le tsunami de suppressions à la Radio-Télévision Suisse (RTS) au printemps, c’est au tour du groupe Ringier Médias Suisse (RMS) de réorganiser ses structures en Romandie. Le groupe propriétaire du Blick Romandie, de L’Illustré et du magazine PME annonce la suppression de quatorze postes, dont six de journalistes. Une nouvelle vague de réductions qui expose les fragilités structurelles du paysage médiatique régional.
Quand les économies tuent le journalisme
Ces suppressions s’inscrivent dans une logique de consolidation : les rédactions de Suisse romande et de Suisse allemande collaboreront à l’avenir. Traduction : centralisation des décisions éditoriales, réduction de la couverture locale, disparition des perspectives romandes au profit d’une vision helvétique unifiée. Les journalistes qui partent emportent avec eux des années de terrain, de contact avec le tissu social, de compréhension fine des enjeux cantonaux.
Ce n’est pas une simple optimisation comptable. C’est l’appauvrissement programmé d’une voix collective. Tribune Romande, depuis ses débuts, s’est construit sur le constat que la Romandie avait besoin d’espaces de parole ancrés dans ses réalités. Quand les grands groupes confient leurs ressources rédactionnelles à des algorithmes de rentabilité, l’espace pour les opinions locales, critiques, nuancées, se rétracit.
Une concentration qui renforce les monopoles
Le paradoxe suisse : plus les années passent, moins il y a de titres indépendants. Ringier, Tamedia, RTS, quelques pure-players… et voilà le paysage. Chacune de ces entités ajuste ses voiles au vent des audiences et des investisseurs, jamais au pouls de ce qui se dit vraiment en bas de la rue Marterey ou dans les petites communes de Fribourg.
En effaçant des postes rédactionnels, les groupes ne font pas que réduire les coûts. Ils réduisent la possibilité même de couvrir ce qui dérange, ce qui fâche, ce qui ne vend pas au premier coup d’œil. Les affaires de corruption cantonale, les dysfonctionnements dans l’action sociale, les imbrications toxiques entre politique et économie : tout cela demande du temps, de la ténacité, des journalistes qui ne sont pas pressés de fermer boutique.
Une question de démocratie
Depuis le printemps, la Suisse romande a perdu deux piliers : la RTS a tranché 25 postes et 8 millions de francs d’économies, réduisant le service public audiovisuel régional ; maintenant Ringier ajuste ses voiles. Ce ne sont pas des aléas du marché médiatique : ce sont des signaux d’une démocratice qui s’affaiblit.
Sans journalisme local robuste, on ne fait pas que perdre de l’information : on perd les yeux et les oreilles de la collectivité sur elle-même. Tribune Romande a toujours cru que les Romands avaient besoin d’une parole qui reste ancrée chez eux, qui refuse la dilution dans les macro-narrations suisses, qui sait que Genève, Lausanne et Fribourg ne vivent pas sous le même ciel médiatique. Ces restructurations le confirment chaque jour : elles n’ont rien à voir avec la couverture des enjeux romands. Elles ont tout à voir avec le profit des actionnaires.