Lausanne respire au rythme d’une fête musicale gratuite sans précédent
La ville de Lausanne a vibré au son de 66 concerts durant le week-end du 20 septembre dernier, lorsque le festival Label Suisse a investi dix lieux emblématiques de la cité romande. Un événement gratuit qui a transformé les rues et les espaces publics en scènes ouvertes, attirant quelque 67’000 spectateurs venus danser, écouter et célébrer les talents musicaux helvétiques.
La culture comme bien commun
Derrière ce succès chiffré se cache une vision politique claire : celle d’une culture accessible à tous, sans barrière financière. En supprimant l’entrée payante, le festival Label Suisse pose la question fondamentale du rapport entre les citoyens et la création artistique dans une Suisse romande que l’on dit souvent repliée sur elle-même. Ici, le message est inverse : la musique se donne généreusement, pas à la demande du portefeuille.
Parmi les 66 concerts programmés figuraient trois créations inédites, autrement dit des œuvres révélées pour la première fois devant public. C’est une posture audacieuse dans un contexte où les festivals programmés tendent à jouer la sécurité du catalogue reconnu. Label Suisse choisit de parier sur l’expérimentation, sur la découverte, sur ce moment fragile où une création fleurit à peine.
Un hymne aux artistes de la maison
Le festival célébrait exclusivement des artistes suisses. Pas de star internationale détournant l’attention. Pas de grand nom étranger justifiant des tarifs élevés. La démarche est claire : faire connaître ceux qu’on ignore souvent, les créateurs que notre industrie culturelle produit mais que les médias ignores royalement. Une forme modeste mais radicale de démocratie culturelle.
Le choix de Lausanne comme lieu principal ne surprend pas, la capitale vaudoise ayant émergé ces dernières années comme carrefour des débats publics romands. Ces dix espaces transformés en scènes improvisées redessinent l’image de la ville, non plus comme centre politique distant mais comme agora vivante où la musique crée du lien social sans intermédiaires commerciaux.
Un modèle à suivre?
Avec 67’000 spectateurs venus librement, sans obligation d’accès restreint, le festival Label Suisse pose une question délicate aux responsables culturels romands : pourquoi si peu de grands événements empruntent ce chemin? Pourquoi la gratuité reste-t-elle l’exception plutôt que la règle? Dans un contexte où l’austérité menace les budgets culturels publics et où les inégalités économiques s’approfondissent, ce week-end musicien propose une riposte modeste : faire la culture visible, audible et accessible.
Le message implicite est politique autant qu’artistique. Il suggère qu’une Suisse romande vivante n’est pas celle qui enferme la création derrière des barrières tarifaires, mais celle qui l’offre, la partage et la remet entre les mains de tous.