Le 1er janvier 2026, 41 personnes trouvaient la mort dans les flammes du bar Le Constellation à Crans-Montana. Dix mois plus tard, le silence administrative persiste. Le rapport d’expertise qui doit établir les causes précises de l’incendie, initialement attendu fin août, vient d’être reporté à « fin janvier au plus tôt » selon l’annonce du Ministère public valaisan publiée vendredi 11 octobre.
Pour les familles des victimes, ce délai supplémentaire est une nouvelle épreuve. L’expertise doit analyser les causes de l’incendie qui a fait 41 morts et 115 blessés. Parmi les composantes à analyser figurent l’inflammabilité et la situation face au feu de la mousse du sous-sol, cet élément crucial que l’incendie a enflammé extrêmement rapidement, en seulement 92 secondes.
Les experts mandatés, le Forensisches Institut Zürich et la Swiss Safety Center, ont demandé un délai prolongé « en raison de la complexité du travail à effectuer ». Une formule qui sonne comme une acceptation de l’impuissance administrative face à l’ampleur du drame. Pendant ce temps, 16 personnes ont été inculpées, dont les propriétaires du bar, Jessica et Jacques Moretti.
L’instruction s’enlise, les révélations s’accumulent
Mais le rapport technique n’est que l’une des faces de ce drame administratif. L’enquête elle-même traverse une crise institutionnelle. Une des trois procureures en charge du dossier a annoncé sa démission en juillet 2026. Un départ qui soulève des questions sur le poids de cette instruction complexe et les divergences possibles au sein du parquet valaisan.
Pendant ce temps, un rapport confidentiel du service de renseignement financier de la police helvétique accable la gestion des affaires de Jessica et Jacques Moretti, soupçonnant l’existence d’un montage financier criminel qu’on pourrait comparer à un schéma de Ponzi, reposant sur l’octroi de prêts obtenus de manière vraisemblablement indue.
Les faits révélés s’avèrent d’une gravité qui dépasse le simple incendie. La patronne du Constellation a falsifié une facture portant sur l’achat de la mousse acoustique qui a mis le feu au bar. Des lacunes administratives massives ont aussi émergé : les enquêtes sur l’établissement mettent en lumière des contrôles ratés ou incomplets des autorités, et depuis 2019, aucun nouveau contrôle incendie n’avait été effectué.
La Romandie face à ses responsabilités
Ce qui frappe dans ce drame qui aurrait pu être évité, c’est la convergence des failles. Le manque de personnel, l’organisation défaillante et une formation insuffisante des inspecteurs expliquent ces lacunes. Ce ne sont pas des détails bureaucratiques. Ce sont des choix politiques d’austérité : accepter que la sécurité des citoyens soit une variable d’ajustement budgétaire.
Les trois premiers mois d’attente ont cédé le pas à neuf, puis dix. En janvier 2027, quand les réponses techniques arriveront enfin, les blessures seront-elles moins ouvertes? Les familles des 41 victimes méritent mieux que des délais successifs et des enquêtes qui s’enlisent. Elles méritent une justice qui répond, qui explique, et qui indemnise sans repousser à l’infini le moment de vérité.