Samedi 10 octobre, Lausanne s’est transformée en théâtre de mobilisation politique. Environ deux mille personnes ont défilé dans les rues de la capitale vaudoise pour exprimer leur soutien aux Palestiniens. Un cortège coloré, hétérogène, composé de familles, de jeunes, de militants qui ont fait résonner leurs revendications sous le ciel d’automne romand.
Mais au-delà des discours et des banderoles, la manifestation a pris des allures de confrontation. Des groupes masqués ont saccagé un bâtiment d’UBS, symbole du capitalisme suisse qu’ils dénoncent. La Banque cantonale vaudoise, bastion du système financier helvétique, a servi de cible à la colère de quelques-uns. La police, mobilisée en force, a riposté avec des gaz lacrymogènes, transformant le cortège pacifique en zones de tension et de peur.
Quand le droit de manifester frôle l’impuissance
Cette séquence révèle une fracture profonde dans la Suisse romande actuelle. D’un côté, le droit de se rassembler et d’exprimer une solidarité internationale. De l’autre, la répression d’actes de vandalisme qui permettent aux autorités de délégitimer le mouvement entier. Les casseurs, qu’ils soient militants sincères ou provocateurs, offrent un prétexte commode aux détracteurs de disqualifier l’ensemble du cortège.
Le paradoxe, c’est que les deux mille Lausannois qui ont marché samedi portaient une conviction légitime. La question palestinienne, les bombardements, les civils tués, les déplacements forcés : ces enjeux méritent un débat public. Mais leur capacité à peser sur les décisions politiques reste quasi inexistante. Tandis que les manifestants crier l’urgence, la Suisse continue ses affaires diplomatiques, ses échanges commerciaux, ses partenariats stratégiques, indifférente ou presque aux voix de la rue.
La Romandie entre engagement et impuissance
Ce qui frappe, en observant cette mobilisation depuis Lausanne, c’est l’énergie déployée face à une mécanique politique imperméable. Les Romands savent crier, savent marcher, savent se mobiliser. Mais ils découvrent, manifestation après manifestation, que la rue pèse de moins en moins face aux intérêts établis, aux puissances financières, aux logiques internationales qui les dépassent.
Les casseurs d’UBS, par leurs gestes de destruction, expriment peut-être cette frustration : celle d’une génération qui sent que le système ne l’écoute pas, que les canaux normaux de contestation sont bouchés. Est-ce justifiable? Non. Est-ce compréhensible? Oui, si on accepte de lire dans cet acte un cri d’impuissance plus qu’une idéologie révolutionnaire.
Pendant ce temps, la police gaze, les autorités condamnent les débordements, les médias se divisent sur la question de savoir si les deux mille marcheurs sont responsables des vitrines cassées. Et pendant ce temps, le monde continue de tourner, Gaza continue de brûler, et la Suisse romande reste spectatrice de son propre impuissance politique.