Le séisme du Big One: quand la Romandie s’exerce à survivre à l’inévitable

Politique

Jeudi dernier, les sirènes hurlaient au-dessus de la Romandie. Pas d’attaque, pas de panique réelle: juste l’exercice EU Modex Switzerland 2026, un scénario de catastrophe impliquant quelque 500 acteurs. L’armée, la protection civile, les services de secours des cantons de Genève, Vaud et Fribourg se sont préparés à un séisme de magnitude 6,5: maisons effondrées, canalisations éclatées, routes fissurées, pylônes électriques ployant sous le choc.

Le message est déjà clair aux responsables: nous ne sommes pas prêts. Pas tout à fait. “Des exercices comme celui-ci sont extrêmement importants,” confirment les planificateurs, conscients d’une vérité inconfortable. “Ce n’est qu’une question de temps.”

Quand la théorie rencontre la réalité du terrain

Le scénario s’est déroulé à Epeisses, près de Genève. Des équipes d’intervention ont simulé le sauvetage d’occupants sous les décombres. À Payerne, des techniciens ont tenté de remettre en service l’aérodrome militaire fictionnellement endommagé. Ailleurs, les autorités ont géré l’enfouissement de 150 000 litres de mazout et de carburants. Les exercices testent avant tout les mécanismes logistiques et organisationnels: comment coordonner? Qui commande? Par où commence la reconstruction?

Mais l’envers du décor révèle un malaise. Les organisateurs reconnaissent qu’un séisme violent demain placerait la région dans une situation véritablement “délicate.” Les protocoles existent sur papier; sur le terrain, les failles se multiplient.

La Romandie n’est pas inévitable, elle est vulnérable

Ce qui frappe le plus, c’est le détail révélateur d’une région surpassée par la complexité de ses propres infrastructures. Des chemins de fer fragilisés, des routes saturées, des équipes d’intervention dispersées. L’exercice montre que malgré les bonnes intentions, les moyens restent limités. Les cantons veulent mieux faire, mais les budgets stagnent, les cadres directeurs changent, les priorités politiques glissent ailleurs.

La Suisse romande n’a pas le luxe de l’insouciance. Genève, Lausanne, Fribourg sont des zones urbaines denses, des carrefours économiques. Une vraie secousse ravagerait bien plus que quelques bâtiments: elle interromprait des chaînes d’approvisionnement, paralyserait les communications, transformerait en cauchemar l’évacuation des blessés. Et puis il y a les questions qu’on pose moins souvent: serons-nous capables de nourrir une région bloquée? De maintenir l’ordre civil? De reconstituer les services vitaux?

L’impuissance réelle derrière la simulation

L’exercice de jeudi prouve une chose surtout: nos gouvernants savent qu’une catastrophe vient, mais ils espèrent la repousser indéfiniment au-delà de leur mandat électoral. C’est le classique des politiques romandes. On simule, on remplit les formulaires, on félicite les équipes, puis on retourne à la routine budgétaire.

Les experts le disent sans détour: le “Big One” n’est pas hypothétique. C’est un événement à probabilité très élevée, peut-être pas cette année, mais inévitable. Et quand il frappera, la Romandie aura des comptes à rendre à ses habitants sur la qualité des préparatifs réels. Pas des exercices.