Depuis plusieurs semaines, les débats sur la souveraineté numérique gagnent du terrain en Suisse romande. Cette semaine, c’est au Grand Conseil vaudois qu’une motion radicale d’un type nouveau a fait son apparition : demander aux écoles du canton de tourner le dos à Microsoft et à ses logiciels propriétaires, pour embrasser à la place l’univers de l’open source.
Derrière ce geste technique se cachent des enjeux bien concrets. Les écoles vaudoises, comme celles de la plupart des cantons romands, utilisent massivement les outils de la géante américaine. Microsoft et ses produits sont partout: dans les salles de classe, sur les ordinateurs des enseignants, dans les systèmes d’information. Or, cette dépendance pose plusieurs problèmes simultanément. D’abord, celui du coût. Les licences propriétaires représentent des dépenses annuelles majeures pour les budgets scolaires cantonnaux, notamment à l’heure où les finances publiques subissent des pressions croissantes.
Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi la question, plus insidieuse, de qui contrôle réellement les données. Les logiciels fermés de Microsoft ne laissent aucune visibilité aux écoles sur ce qui se passe sous le capot. Les données des élèves, des enseignants, transitent par des serveurs dont la gouvernance échappe à la sphère publique romande. Pour une institution d’État en charge de l’éducation de toute une génération, c’est un renoncement à une forme de maîtrise de soi.
Les solutions open source, par contraste, offrent une alternative radicalement différente. Des outils comme LibreOffice, Nextcloud ou les systèmes d’exploitation Linux reposent sur du code transparent et modifiable. Les utilisateurs, ici l’État vaudois via ses écoles, retrouvent une forme d’indépendance vis-à-vis des géants technologiques. Et par un effet vertueux indirect, on renforce aussi le tissu des développeurs et entrepreneurs locaux, au lieu d’envoyer les moyens vers l’étranger.
La transition ne serait pas simple. Les écoles connaissent bien les logiciels Microsoft. Les enseignants sont formés à ces outils. Un passage à l’open source demanderait des efforts de formation, du temps, des ajustements dans les pratiques. Et il faudrait maintenir une certaine compatibilité durant la phase de transition pour ne pas paralyser le système scolaire.
Mais d’autres collectivités l’ont déjà tenté. En France, plusieurs académies ont lancé des migrations partielles. En Allemagne, la Ville de Munich a fait le saut radical il y a années, avec des résultats globalement positifs. C’est faisable.
Cette motion vaudoise incarne une question bien plus large : celle de la souveraineté publique à l’ère numérique. Peut-on légitimement confier l’infrastructure informatique de l’école publique, ce bien commun fondamental, à des entreprises privées dont les intérêts ne coincident pas avec ceux de la collectivité ? La question mérite d’être posée au sérieux. Et si Vaud l’explore, d’autres cantons romands pourraient suivre.