L’université de Lausanne a prononcé le licenciement du professeur Joseph Daher, un événement qui cristallise bien des tensions contemporaines autour de la liberté académique en Suisse romande. Au-delà du cas individuel, c’est un symptôme révélateur d’une université qui semble avoir oublié sa mission première : la production et la transmission du savoir critique, garanti par l’indépendance de la pensée.
Une université qui sort de son rôle
Lorsqu’une institution académique procède au licenciement d’un professeur en raison de ses positions politiques ou de ses prises de parole publiques, elle franchit une ligne dangereuse. L’analyse critique, même controversée, doit rester au cœur de la mission universitaire. C’est précisément ce qui distingue une université d’un organe de conformité idéologique. Or, en actant le licenciement du professeur Daher, l’UNIL semble avoir opté pour la seconde voie.
Cette décision ne revêt pas seulement une portée locale. Elle reflète une dynamique plus large, observable aussi dans d’autres contextes européens : la tendance croissante des institutions à exercer une forme de police des opinions. Les universités, supposées être des espaces de liberté intellectuelle, adoptent progressivement une posture d’arbitres du discours acceptable. C’est un tournant dangereux pour la démocratie.
L’impact sur la Suisse romande
La région romande s’était déjà illustrée par un engagement robuste envers la liberté de presse, comme l’a rappelé la Cour européenne des droits de l’homme quand elle a jugé que la Suisse avait étouffé cette liberté fondamentale. Ce nouvel épisode universitaire paraît incompatible avec cet engagement affiché pour les libertés fondamentales.
L’UNIL, institution de référence régionale, envoie un message troublant à ses étudiants, ses chercheurs et à la société romande dans son ensemble : la pensée libre reste bienvenue, pourvu qu’elle ne bouscule pas l’ordre établi. Les universités romandes se comprendraient-elles désormais comme des institutions au service du maintien de l’ordre social plutôt que comme des lieux de contestation intellectuelle et de remise en question permanente ?
Un précédent qui pèsera lourd
Au-delà du professeur Daher et de ses opinions, c’est la question plus large de la gouvernance universitaire qui se pose. À qui appartient l’université ? Aux chercheurs et à la communauté académique internationale qui valorise le débat pluraliste, ou aux autorités et aux cercles d’influence locale qui dictent les opinions acceptables ?
Cette décision risque d’alimenter une autocensure silencieuse parmi les enseignants-chercheurs romands. Si exprimer ses convictions politiques, notamment sur des enjeux sensibles comme le conflit israélo-palestinien, peut vous coûter votre emploi, nombreux seront ceux qui préféreront garder le silence. C’est une perte considérable pour la qualité du débat public et pour la mission civilisatrice que les universités sont supposées remplir.
La Suisse romande devrait s’interroger sur ce tournant : qui désormais osera penser librement et s’exprimer sans crainte au sein de ses institutions de savoir ?