La Suisse romande étouffe. Après une année 2024 qui a enregistré plus de morts dues aux vagues de chaleur que sur les routes ou par armes à feu, les cantons francophones peinent à trouver des réponses à la hauteur de l’enjeu. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 326 décès attribués à la chaleur en Suisse en 2024 constituent une surmortalité estivale massive, comparable à celle observée dans le reste de l’Europe.
Une demande de refroidissement qui flambe
À Genève, les besoins de refroidissement ont atteint des records. Restaurants, hôpitaux, petits commerces: tous sont contraints d’investir pour maintenir des conditions minima d’exploitation. Or, cette inflation des besoins se heurte à un cadre réglementaire peu accommodant. Certaines communes limitent strictement l’installation de climatiseurs, au motif de préserver l’esthétique urbaine ou de réduire la consommation énergétique globale. Résultat: un vide réglementaire où prospère l’improvisation.
Faute de solutions officielles, les entreprises et les ménages se tournent massivement vers les climatiseurs mobiles bon marché. Ces appareils, vendus comme des panacées estivales, sont en réalité peu efficaces et consommateurs d’énergie. Ils rejettent la chaleur à l’extérieur, aggravant les phénomènes d’îlot urbain, tout en restant peu accessibles aux plus modestes.
Le grand malentendu politique
Cette situation révèle un clivage gauche-droite persistant, mais mal compris. Les progressistes redoutent que l’accès généralisé aux climatiseurs ne verrouille la dépendance aux combustibles fossiles et à l’électricité carbonée. Les conservateurs plaident pour une liberté accrue d’équipement. Au final, ni camp n’ose proposer une stratégie cohérente d’adaptation climatique combinant isolation thermique, verdissement urbain, normes d’efficacité énergétique et accès régulé à des solutions de refroidissement.
La Suisse romande, carrefour international et région d’accueil à haute densité, ne peut pas se permettre cette ambiguïté. Genève notamment, qui attire des talents mondiaux et accueille des organisations internationales, ne peut pas devenir un îlot d’inconfort l’été. Lausanne, Neuchâtel, Fribourg subissent les mêmes tensions.
Vers une adaptation forcée
L’heure des demi-mesures est révolu. La région doit se doter d’une politique d’adaptation climatique intégrée: normes de construction plus strictes exigeant une isolation performante, incitations à la dépavéisation et à la plantation d’arbres urbains, et surtout, légalisation et subventionnement des solutions de refroidissement efficaces pour les établissements publics et les ménages précaires.
Sans cela, les hivers meurent et les étés tuent. Les climatiseurs mobiles proliféreront, les factures énergétiques s’envoleront, et la Suisse romande restera bloquée dans une impasse où personne ne vainc le climat, mais tout le monde y perd.