Ce mardi, neuf cantons romands et alpins ont lancé ensemble leur treizième journée des proches aidants. Une mobilisation intercantonale qui paraît forte sur le papier, mais qui cache une réalité moins flatteuse : durant des années, ces centaines de milliers de Romands ont soigné leurs parents, leurs enfants ou leurs conjoints dans l’indifférence quasi totale des institutions publiques.
Le Valais, Genève, Fribourg, Jura, Berne, Grisons, Tessin, Neuchâtel et Vaud se mobilisent ensemble pour cette édition. Le message est clair : il faut enfin parler de ces femmes et ces hommes qui font le travail que l’État ne fait pas. Faire les courses, accompagner à un rendez-vous médical, gérer des démarches administratives, parfois renoncer à sa carrière. Ce ne sont pas des gestes nobles d’altruisme familial. C’est du travail non rémunéré, souvent écrasant, qui pèse sur les finances et la santé mentale.
Quand les jeunes portent des fardeaux d’adultes
Cet engagement s’installe progressivement, et celles et ceux qui aident ne se reconnaissent pas toujours comme proches aidants. Ce manque de reconnaissance est particulièrement marqué chez les jeunes. C’est justement là que le Valais essaye de jouer un rôle : en sensibilisant les écoliers à ce qu’être proche aidant signifie réellement.
La région a mis en place un support pédagogique ambitieux. Des histoires, des vidéos, des chansons, des discussions et des activités permettent aux élèves de découvrir ce que signifie être proche aidant, avec un objectif double : aider les jeunes concernés à nommer leur situation et leur vécu, et former les autres élèves à reconnaître ces réalités autour d’eux.
C’est louable. Mais il y a là une forme de fatalisme qui interpelle. Pourquoi faut-il que les écoles romandes éduquent les enfants à accepter l’invisible charge familiale ? Pourquoi l’État n’inverse-t-il pas le problème en déchargeant réellement ces familles plutôt que de les préparer à survivre ?
Des aides qui restent des secrets de polichinelle
Les ressources à disposition des proches aidants restent insuffisamment connues et sollicitées. Une affirmation qui pèse lourd : en clair, même quand l’aide existe, elle ne parvient pas à ceux qui en ont besoin. C’est l’histoire d’une Suisse romande qui construit ses services sociaux en silos, où chaque canton tire de son côté, où les droits des proches aidants demeurent fragmentaires.
Ces aides permettent également de mieux concilier rôle de proche aidant et activité professionnelle. Mais concilier ne veut pas dire résoudre. Pour beaucoup, c’est toujours un équilibre bancal entre culpabilité professionnelle et culpabilité familiale.
Cette mobilisation régionale de neuf cantons a au moins le mérite d’exister. Mais elle arrive tard, et elle demeure largement ornementale si les budgets cantonaux ne suivent pas, si les services d’aide à domicile ne se multiplient pas, si l’assurance-maladie refuse toujours de reconnaître le coût réel de cette prise en charge. La Romandie crie enfin à l’aide. Reste à voir si quelqu’un l’entend réellement.