L’école romande hémorragie : une année d’apprentissage perdue en dix ans selon PISA

Éducation

Les chiffres du rapport PISA 2025 sonnent comme un cri d’alarme pour la Suisse romande. En une décennie, les jeunes étudiants ont perdu l’équivalent d’une année complète d’apprentissage en lecture et en mathématiques. Une hémorragie silencieuse qui devrait mobiliser parents, pédagogues et responsables politiques autour d’un enjeu fondamental : l’avenir éducatif de toute une génération.

Ce déclin s’inscrit dans un contexte où la Suisse conserve certes des positions honorables en comparaison européenne. Mais cette consolation fait pâle figure face à une réalité plus brutale : le creusement durable des inégalités scolaires. L’enquête met en lumière des écarts massifs entre enfants de familles aisées et ceux issus de milieux moins favorisés, une séparation qui détermine de plus en plus les trajectoires de vie avant même la fin du cycle obligatoire.

Une école incapable de réduire les disparités

C’est là que le bât blesse. Alors que l’école publique devrait être le grand égalisateur social, elle devient progressivement une machine à reproduire les inégalités. Un enfant dont les parents sont instruits et disposent de ressources suffisantes pour soutenir la scolarité bénéficie de multiples avantages : cours de soutien, environnement familial stimulant, absence de stress financier. À l’inverse, l’enfant d’une famille précaire doit compenser seul des déficits que l’institution ne comble plus.

Cette tendance ne peut pas être séparée des choix budgétaires des cantons. Depuis des années, la Suisse romande rogne sur les investissements scolaires, comprime les salaires des enseignants et délaisse l’accompagnement des enfants en difficulté. Les classes toujours plus chargées, les ressources pédagogiques réduites au strict minimum, l’absence de personnel d’appui suffisant : autant de symptômes d’une institution qui asphyxie tranquillement.

Urgence d’une réorientation politique

Rétablir le niveau ne sera pas une affaire de trois mois. Il faudra des années, des investissements massifs et une volonté politique sincère de replacer l’égalité des chances au centre des priorités. Cela signifie des écoles mieux financées, des maîtres mieux payés, des effectifs allégés et surtout une prise en charge précoce des enfants en retard.

La Suisse romande a la capacité financière et intellectuelle de renverser la tendance. Ce qui manque, c’est le courage politique d’en faire une priorité absolue. Les résultats PISA 2025 devront être plus qu’un chiffre de plus dans un rapport. Ils doivent servir de réveil brutal pour une région qui risque de sacrifier une génération entière si elle continue à repousser l’urgence.