Une tentative de rassemblement organisée par le groupuscule d’extrême droite Résistance helvétique, réunissant plusieurs intervenants condamnés pour négationnisme, devait avoir lieu samedi à La Chaux-sur-Cossonay. La municipalité, qui ignorait la véritable nature de l’événement lors de la réservation, a finalement interdit la réunion.
Discrétion et déception : la tactique du secret éventé
La conférence sur « l’Europe blanche » organisée par Résistance helvétique avait été annoncée en juin dans le journal français Rivarol, lui-même condamné à plusieurs reprises pour textes antisémites et révisionnistes. Le lieu de l’événement avait été volontairement laissé vague et communiqué uniquement à des participants sélectionnés via une adresse e-mail reprenant le nom de Franz Riedweg, un médecin suisse gradé de la Waffen SS.
Le secret s’est cependant avéré fragile. Des collectifs antifascistes ont appelé massivement les autorités via les réseaux sociaux pour faire annuler cette réunion, la qualifiant de néonazie. Le syndic de la commune, Pascal Rossi, averti du pedigree des invités et de l’organisateur qui avait réservé sous un faux nom, a annulé la réunion in extremis.
Refusant l’annulation, la manifestation s’est repliée dans un refuge forestier situé à environ trente kilomètres de là. La gendarmerie a toutefois retrouvé une dizaine de participants dans ce refuge à Saint-Cierges.
Un réseau à surveiller
Les intervenants annoncés ont tous fait l’objet de condamnations, notamment pour négation de la Shoah, provocation à la haine raciale ou apologie de crimes de guerre. Dans les milieux initiés, ils sont connus comme la « crème » de l’extrême droite antisémite, fasciste et négationniste.
La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) estime que cette affaire illustre la nécessité de rester vigilant face à des réseaux qui continuent d’être actifs en Suisse romande. La CICAD appelle les autorités à ne pas laisser des locaux publics servir à ce type de rassemblements et affirme qu’elle poursuivra sa surveillance des activités des mouvances négationnistes dans la région.
Tensions montantes dans les rues romandes
Au-delà de cette tentative de réunion, l’incident s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre mouvances d’extrême droite et antifascistes, notamment depuis l’agression d’un jeune homme à Vidy, à Lausanne, alors qu’il portait un t-shirt antifa. Plus tôt dans l’année, l’Espace autogéré de Lausanne avait été recouvert de symboles d’extrême droite et d’une inscription « Quentin présent » faisant référence à un militant nationaliste français décédé en marge d’affrontements entre groupes rivaux.
Depuis l’incident de La Chaux, la municipalité a instauré des règles de location plus strictes avec vérification des motifs et contrôles possibles lors des événements, une mesure qui symbolise la vigilance accrue des autorités romandes face aux tentatives de mainmise des extrémistes sur l’espace public.