Le vent de panique souffle toujours chez Tamedia. Au-delà des suppressions de postes qui gangrènent depuis des mois la presse régionale romande, la direction du groupe fait maintenant la chasse aux militants syndicaux. Une tactique qui dépasse la simple restructuration pour frôler l’intimidation.
Les sociétés des collaborateurs dénoncent des licenciements à caractère anti-syndical et le non-respect du plan social, selon les informations transmises à la direction romande de Tamedia. Le message est clair : on ne peut se battre pour ses droits chez Tamedia impunément.
Quand la restructuration devient répression
Cette nouvelle offensive contre les délégués syndicaux intervient dans un contexte où la presse écrite romande suffoque déjà. Il y a peu, Tamedia annonçait des coupes budgétaires majeures qui ont séparé les familles de leurs revenus et les collectifs de leurs collègues. Maintenant, ceux qui osent critiquer ces mesures par la voix de leurs représentants sont pris pour cible.
La stratégie est éprouvée : affaiblir le collectif en neutralisant les voix critiques. Licencier des délégués syndicaux, c’est décapiter la résistance, décourager les autres de s’engager. C’est aussi révéler une certaine vulnérabilité de la direction : si le plan était inévitable et pertinent, pourquoi craindre autant ceux qui le questionnent ?
Des protections légales qui valent ce qu’elles valent
En Suisse, les délégués syndicaux jouissent de protections légales supposées les prémunir contre les représailles. Mais le fossé entre la théorie et la pratique s’élargit chaque jour. Combien de travailleurs acceptent un licenciement sans broncher plutôt que d’engager une bataille judiciaire coûteuse et épuisante ? Combien se résignent en pensant que personne ne les aidera vraiment ?
Chez Tamedia, c’est exactement le calcul qui se joue. La direction mise sur l’usure, sur la capacité d’intimidation, sur la crainte que d’autres ne se mouillent après avoir vu leurs représentants tomber. Un cynisme tranquille qui reflète l’état de délabrement du paysage médiatique romand : quand la presse elle-même n’a plus de ressources pour résister, elle dévore ses propres gardiens.
Un système qui s’effondre de l’intérieur
Ces licenciements anti-syndicaux ne sont pas des aberrations isolées. Ils sont le symptôme d’une industrie en crise, où les directions préfèrent écraser les questions plutôt que d’y répondre. La presse régionale romande, déjà exsangue, voit ainsi non seulement ses effectifs réduits, mais aussi ses cultures professionnelles corrodées par la crainte et la méfiance.
Les délégués syndicaux de Tamedia se battent pour défendre un plan social, c’est-à-dire pour que les victimes de la restructuration ne soient pas totalement abandonnées à leur sort. Et pour ce crime là, on les vire. Voilà comment un groupe de presse « moderne » traite ses propres salariés : comme des obstacles à supprimer, pas comme des êtres humains à écouter.