La Romandie croyait avoir trouvé la formule magique. Pendant deux décennies, l’ouverture aux marchés mondiaux a porté ses fruits, transformant la région en locomotive économique suisse. Mais ce modèle bâti sur l’export vacille désormais sous les coups des tarifs douaniers américains.
Depuis le 7 août, Washington a imposé une taxe additionnelle moyenne de 39% sur une partie des produits suisses, frappant directement des secteurs emblématiques comme l’horlogerie, l’industrie des machines, la medtech ou encore les produits dérivés du café. Ce coup d’assommoir n’a pas tardé à produire ses effets mesurables.
Selon l’étude publiée par les six banques cantonales romandes en collaboration avec le Forum des 100, la croissance de la région devrait nettement ralentir: de 1,6% attendu en 2025, le produit intérieur brut pourrait tomber à 0,9% l’an prochain. C’est un effondrement. La région passe d’une croissance timide à une quasi-stagnation, révélant la fragilité structurelle d’une économie trop dépendante de ses exportations.
Les exportations de biens représentent l’équivalent de 48% du PIB romand, contre 34% dans la zone euro et 21% à l’échelle mondiale. Cette exposition record rend la Romandie terriblement vulnérable aux chocs externes. Neuchâtel, avec son horlogerie et ses machines, le Jura et Genève ne peuvent pas se dérober: ils sont des économies de passage, des mondes flottants sur le commerce international.
Ce qui rend la situation encore plus glaçante, c’est l’incertitude entourant les exemptions. La question cruciale demeure: les exemptions dont bénéficie encore l’industrie pharmaceutique seront-elles maintenues? Les négociations engagées entre Berne et Washington n’ont, à ce jour, pas permis de lever le doute. Entre l’espoir et la panique, les entreprises romandes restent en suspens.
Pour les experts, la crise pourrait avoir des répercussions à plus long terme sur la Suisse que la crise financière de 2008 ou la crise sanitaire. Cette affirmation n’est pas une hyperbole journalistique: elle traduit une réalité que les dirigeants politiques romands tardent à acknowledger. Tandis que Zurich et ses banques peuvent compter sur des diversifications plus larges, la Romandie reste prisonnière d’un modèle qui ne lui appartient même plus.
Les murs d’une prospérité qu’on croyait inébranlable commencent à se fissurer. Et cette fois, on ne parlera pas de « miracle » économique, mais de déclin.