La RTS n’a pas fini de se réinventer à la sauce libérale. À peine trois mois après le lancement du vaste plan de restructuration de la SSR prévoyant 270 millions de francs d’économies d’ici 2029, c’est au tour de la filiale romande d’annoncer sa part du sacrifice: 25 postes supprimés et 8,1 millions de francs d’économies d’ici la fin de 2027. Nouveauté du campus de production d’Ecublens inauguré en septembre, la RTS avait promis des synergies. Ce qu’elle livre, c’est plutôt un plan de dégraissage qui frappe au cœur de la fabrique de l’information romande.
Ces chiffres cachent mal une réalité: le service public broadcaste cherche à réduire sa masse salariale sans sacrifier apparemment sa couverture. Mais il est difficile d’imaginer comment 25 départs pourraient ne pas peser sur la qualité et la diversité du journalisme en Suisse romande. Moins de correspondants sur le terrain, moins de reportages d’investigation, moins de temps consacré aux histoires locales. Le compte ne sera jamais bon.
Une logique économique déconnectée de la mission
Ce qui frappe surtout, c’est l’insouciance avec laquelle la direction de la RTS et de la SSR ont adopté une logique purement comptable, déconnectée de leur responsabilité première: servir le public. La Suisse romande traverse une période où les institutions d’information indépendantes sont plus que jamais nécessaires, face à la fragmentation des médias et à la montée des bulles informationnelles. C’est précisément le moment où il faudrait renforcer la RTS, pas la vider.
L’inflation qui s’accélère, les tensions géopolitiques, les défis climatiques: autant de dossiers complexes qui demandent du journalisme sérieux, des reporters durables sur des beats importants, une vraie réflexion stratégique sur ce que le public doit savoir. Or, chaque suppression de poste rend plus difficile ce travail.
Les explications de la direction invoquent les fluctuations budgétaires et les retraites. C’est facile. Cela revient à dire que la RTS refuse de poser la vraie question: comment financer un service public de qualité à la hauteur des enjeux de 2026? Au lieu de cela, on choisit la facilité de la compression, quitte à affaiblir le service public de l’intérieur.
Pour Tribune Romande, c’est un symptôme inquiétant. La Suisse romande perd un outil fondamental de cohésion démocratique et d’information commune. Et personne, au moment où les élections fédérales approchent, ne semble vouloir en parler ouvertement.