Le printemps genevois de 2026 aura laissé des traces plus profondes que prévu. Trois mois après le No-G7, alors que les images de manifestants retenus en nasse et des agents en civil frappant des protestataires restent gravées dans les esprits, l’administration cantonale patauge dans les enquêtes, sans parvenir à clarifier les responsabilités ni à apaiser les tensions.
Une nasse qui interroge la proportionnalité
L’événement le plus saillant demeure cette nasse retenant 500 manifestants, comme les images d’hommes roués de coups par des agents en civil. Ces scènes, documentées par des témoins et rapportées par la presse, soulèvent des questions légitimes sur la proportionnalité des interventions policières. Ni les annonces officielles ni les rapports préliminaires n’ont fourni une explication claire et complète de ces mesures.
Pour Tribune Romande, ce silence pose un problème démocratique fondamental. Une manifestation, même désordonnée, reste une expression citoyenne. La façon dont l’État la traite reflète la santé de nos libertés publiques. Or, l’absence de transparence entretient le doute et nourrit la défiance envers les institutions.
Enquêtes enlisées et promesses non tenues
Depuis juin, plusieurs mécanismes d’enquête ont été lancés: examens internes, vérifications du respect des directives, investigations sur les recours des victimes. Mais les résultats restent fragmentaires. Certaines familles attendent toujours des clarifications sur les raisons de l’arrestation de proches. D’autres cherchent un accès à des vidéos ou rapports officiels.
Ce délai de trois mois, loin d’être exceptionnel dans les arcanes administratives suisses, révèle un fossé entre la gravité perçue des incidents et l’urgence avec laquelle l’État les traite. Les Romands, particulièrement conscients des enjeux de liberté d’expression après des années de débats civiques intenses, ne acceptent plus les réponses vagues.
Le test démocratique
Genève a vocation de capitale mondiale des droits humains. Cette réputation s’érode si l’État ne peut expliquer clairement comment les forces qu’il mandate ont agi lors d’un événement public. Le moment de la transparence est venu. Les autorités doivent publier les éléments clés des enquêtes, reconnaître les dérives s’il y en a, et proposer des corrections concrètes.
À défaut, c’est l’ensemble du système de responsabilité des forces de l’ordre qui sera remis en question. Les citoyens romands, attachés à une démocratie vivante et contrôlée, méritent mieux que des réponses fragmentaires.