Les six cantons romands lancent leur expertise climatique : une arme scientifique contre l’inaction

Politique

La situation se précise. Tandis que les canicules s’aggravent et que la sécheresse met en péril les ressources hydriques romandes, les six cantons francophones ont pris une décision rare : museler ensemble le doute paralysant pour agir sur preuves. Le Valais, le Jura, Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Genève s’unissent pour créer un Conseil scientifique romand pour le climat, décrit par certains comme un « GIEC régional ».

Une première suisse, longtemps attendue

Cette structure ne sort pas de nulle part. Elle répond à une frustration bien réelle : celle des scientifiques face à des gouvernants qui naviguent à vue, incapables de traduire les savoirs établis en mesures cohérentes. Le Conseil scientifique romand sur le climat ne devrait donc pas publier de vastes rapports, comme le fait le GIEC, mais plutôt établir un lien entre le savoir scientifique et la politique publique concrète. Pas de débat sans fin, pas de nuées de recommandations archivées : du conseil direct aux décideurs locaux, en temps réel.

Cet organisme ne sera pas complètement inédit, des petits groupes d’experts régionaux existant déjà à l’étranger, notamment en France; mais alors qu’ils font généralement des bilans de connaissances scientifiques sans vraiment participer au choix des mesures, l’organisme romand aura l’avantage de conseiller directement les décideurs locaux. Autrement dit : du muscle, pas juste du papier.

Une équipe étoilée, une première réunion décisive

Ce groupe de 10 à 16 experts issus du milieu académique apportera son expertise sur les mesures des plans climat cantonaux. Parmi les visages attendus, la climatologue Martine Rebetez en fera partie. Elle voit en ce mouvement une rupture salutaire : « Maintenant, ils ont pris l’initiative de se mettre ensemble pour ce conseil scientifique, ce qui permet d’avoir une force d’une autre dimension ».

La première réunion à Lausanne en janvier 2026 s’annonce cruciale. Les experts pourront conseiller directement les représentants cantonaux sur des politiques efficaces. Pas de rendez-vous cosmétiques : une journée de travail concentrée où chaque canton exposera sa stratégie climatique, et où les savants la passeront au tamis du réel, du faisable, du nécessaire.

La question qui fâche : l’action politique suivra-t-elle ?

Restent les fantômes qui hantent chaque initiative climatique : les promesses éludées, les rapports jamais lus, les budgets volatilisés. Qu’un Conseil scientifique dise à Berne ou à Valais qu’il faut interdire les nouveaux gisements de gaz ne suffira jamais. Cette posture peut vite devenir frustrante pour les scientifiques face à l’inaction de certains dirigeants politiques.

Pour autant, ce Conseil romand marque un tournant symbolique décisif. Il dit non à la fragmentation des politiques régionales, non à l’impuissance invoquée comme prétexte. Si la Suisse romande veut peser dans le jeu climatique suisse et européen, elle se doit de parler d’une voix unie, épaulée par le savoir. Ce Conseil en est l’armature.