Succession Parmelin: quand la Suisse alémanique reprend le contrôle

Politique

Guy Parmelin quittera le Conseil fédéral à la fin de l’année. À sa succession, deux candidats se profilent déjà: Franz Ruppen et Michael Graber, tous deux du Haut-Valais. Tous deux alémaniques. Ce détail n’en est pas un pour la Suisse romande. Si un candidat non francophone remplace Guy Parmelin, Elisabeth Baume-Schneider serait la seule francophone au Conseil fédéral.

L’enjeu dépasse largement la simple géographie linguistique. C’est la visibilité institutionnelle de toute une région qui se joue. Depuis les origines de la Suisse fédérale, le principe d’équilibre régional a structuré la gouvernance helvétique. La disparition d’une voix romande au septième étage serait une rupture symbolique et politique majeure.

Comment en est-on arrivé là? D’abord, par les aléas d’un système où la continuité régionale n’est jamais garantie. Ensuite, parce que les deux candidats alémaniques rappellent qu’ils représentent le Haut-Valais. Ruppen et Graber ne sont pas des technocrates quelconques: ils incarnent des forces politiques bien implantées en montagne valaisanne. Mais du point de vue de Lausanne, Genève ou Neuchâtel, cela change peu. La Romandie aurait perdu son poids.

Une minorité sans garde-fou

Ce scrutin préfigure une transformation silencieuse mais profonde de la Suisse fédérale. La représentation romande s’érode lentement, non pas par défaut d’appétit politique, mais parce que les mécanismes de cohésion régionale s’usent. Le Conseil fédéral compte déjà largement plus d’alémaniques que de romands. Baume-Schneider seule: c’est moins une représentation qu’une présence.

Pour Tribune Romande, cette perspective appelle une question cruelle mais nécessaire: la Suisse romande acceptera-t-elle de se voir réduite au silence à Berne? Ou se mobilisera-t-elle pour exiger que la succession Parmelin respecte le pacte fondateur du fédéralisme suisse?

Les candidats alémaniques du Haut-Valais courtisent discrètement la Romandie en affirmant leur attachement au pays francophone. Mais des paroles de courtoisie ne valent pas une vraie présence au cœur du pouvoir exécutif fédéral. La bataille ne fait que commencer, et elle sera révélatrice du rapport de force réel entre les régions de la Suisse.