Fribourg : l’État romand tourne le dos au rail pour un tram de poche

Politique

Fribourg fait un choix qui sent le compromis sans vision. La Confédération vient de valider un projet de transports publics en site propre reliant Marly à l’Hôpital fribourgeois, mais voilà que le Conseil d’État s’empresse d’éteindre l’ambition en rejetant la ligne ferroviaire directe Fribourg-Bulle. Le résultat : une infrastructure fragmentée qui satisfait personne, ou presque.

Un non qui ressemble à un renoncement

Le Conseil d’État fribourgeois invoque la musique classique : coûts importants, difficultés techniques, impacts environnementaux. Trois boucliers derrière lesquels se retrancher est facile, surtout quand les finances cantonales sont serrées. Mais cette rhétorique cache une réalité moins noble : l’incapacité de penser les transports comme infrastructure stratégique plutôt que comme ligne budgétaire à justifier.

La liaison Fribourg-Bulle ne manquait pas d’arguments. Elle aurait structuré la Gruyère, réduit les embouteillages, offert aux petites villes accès à l’emploi régional et incité à moins dépendre de l’auto. C’est exactement le genre de projet que l’Europe, et la Suisse romande avec elle, se dit urgente en période climatique critique.

Fribourg entre deux chaises

Le projet fédéral Marly-HFR est certes bienvenu. Mais il brille par sa modestie. Un bus à haut débit, ou peut-être un tram limité, d’ici à 2045 : c’est dans deux décennies. Entre-temps, la région croise les bras. Les communes de la Gruyère, la Singine, la Veveyse attendent. Les émissions carbones du secteur des transports ne les attendent pas, elles.

Le pire, c’est que le rejet crée une hiérarchie implicite : investir autour de Fribourg-ville oui, mais ouvrir les routes vers les régions périphériques, c’est trop risqué. C’est une gouvernance à deux vitesses qui fragilise la cohésion d’une région déjà fragmentée entre son pôle urbain et ses marges.

Où est le courage politique?

On attend d’un gouvernement régional qu’il repense les priorités, qu’il plaide auprès de Berne, qu’il ose demander plutôt que de se replier sur le strict nécessaire. Fribourg ne le fait pas. Il gère, il réduit, il renonce. Et pendant ce temps, les habitants du canton savent que leur mobilité restera prisonnière de la voiture pendant au moins vingt ans.

La Confédération a ouvert la porte. Fribourg l’a à peine entreouverte. C’est un non qui encombre l’avenir romand.