C’est fait. Guy Parmelin a annoncé ce jeudi son départ du Conseil fédéral à la fin de l’année. Après onze ans d’une présence discrète au cœur de Berne, le Vaudois ferme le dossier. Le «feu sacré» n’est plus, selon ses propres mots. Une décision qui semble inévitable quand on la voit de loin, mais qui crée une onde de choc en Suisse romande : Parmelin n’est pas un ministre ordinaire. Il est le seul UDC romand jamais parvenu à ce niveau.
Les enjeux de cette succession dépassent largement le fauteuil libéré à Berne. Ils cristallisent un déséquilibre politique durable entre la Romandie et le reste du pays. Pour la première fois en 2015, l’UDC avait permis à un Romand d’accéder au Conseil fédéral. C’est rare. C’est précieux. Et ce jeudi, le PLR en clair, le monde politique romand en filigrane, a compris que ce siège était menacé d’extinction.
Une candidate romande contre une meute
Car l’UDC démultiplie déjà ses candidatures alémaniques. Natalie Rickli, Esther Friedli, autant de figures zurichoises qui affûtent leurs arguments. Face à cette armada, la Suisse romande n’aligne qu’une seule candidate crédible : Céline Amaudruz, conseillère nationale genevoise et vice-présidente de l’UDC Suisse. Jeune, compétente, elle incarne une certaine ouverture du parti. Mais suffit-elle ? Le doute plane.
Le PLR l’a d’ailleurs bien compris. Le parti libéral-radical exige formellement que l’UDC «inclue des personnalités issues de la Suisse latine» dans sa liste de candidatures. C’est une mise en demeure diplomatique, mais une mise en demeure quand même. Traduction : si vous ne présentez que des Alémaniques, vous violez l’équilibre confédéral. Vous admettez que la Romandie ne pèse plus.
Un message sur la composition du pouvoir
Parmelin lui-même, dans ses déclarations, a pris soin de préciser que la composition actuelle du Conseil fédéral « avec quatre Alémaniques, deux Romands et un Tessinois, était quasi-parfaite ». Quasi-parfaite. Le mot pèse lourd. Car maintenir un équilibre de deux Romands revient à affirmer un principe : la Suisse ne se réduit pas à ses régions de montagne germanophones. Elle inclut ses villes francophones, ses minorités régionales, sa diversité linguistique.
Or cette diversité est fragilisée. Les cantons romands ne cessent de perdre du poids démographique. Les universités alémaniques attirent plus d’argent. Les grandes entreprises se regroupent à Zurich. Et maintenant, le risque existe que la Suisse romande se retrouve réduite à un seul conseiller fédéral.
Une bataille pour bien plus qu’un siège
Céline Amaudruz peut-elle l’emporter ? Oui, si le PLR et les autres partis romands mènent une vraie bataille politique, structurée, non pas sur le terrain d’une « femme à la place d’une autre », mais sur celui du respect des équilibres régionaux. Oui, si la Romandie rappelle à l’UDC que la légitimité fédérale exige une certaine représentation des différentes régions linguistiques.
Mais il faudra se battre. Pas d’impasse : l’enjeu n’est pas Céline Amaudruz pour Céline Amaudruz. C’est le poids politique de la Suisse romande dans les années qui viennent. C’est l’affirmation ou l’érosion lente d’une Suisse plurielle. C’est, simplement, une question de pouvoir et d’équilibre.