L’UDC pourrait franchir la barre des 30% aux élections fédérales d’octobre 2027, mais le professeur de science politique Pascal Sciarini observe que l’alignement de sa force gouvernementale sur sa force parlementaire reste un objectif plus difficile à atteindre, notamment en Suisse romande. Cette analyse intervient au moment où les électeurs romands doivent prendre conscience que le paysage politique change profondément, et que leur région pourrait jouer un rôle de dernier bastion face à une vague d’extrême-droite qui déferle sur le reste du pays.
Les chiffres d’une domination historique
Selon l’indice de force des partis dans les parlements cantonaux, l’UDC a atteint son plus haut niveau historique en 2026 avec 24,4% des sièges parlementaires cantonaux, bénéficiant de gains dans les cantons de Berne, Glaris, les Grisons, Nidwald et Obwald. Aux Grisons, l’UDC est devenue la première force politique avec dix sièges supplémentaires, et sur 16 cantons ayant renouvelé leurs autorités depuis 2023, l’UDC est sortie gagnante dans 15 d’entre eux.
Or, il existe un paradoxe remarquable. Bien que le parti ne parvienne pas à convaincre lors des campagnes de votation nationales, l’UDC enchaîne les succès électoraux aux scrutins cantonaux. Cette distinction entre échecs référendaires et triomphes électoraux révèle une stratégie politique sophistiquée : tandis que les initiatives populaires de l’UDC buteront sur le consensus suisse, le parti consolide tranquillement son emprise territoriale cantonale, base de pouvoir durable.
La Suisse romande, exception troublante
Mais la Suisse romande représente une anomalie troublante pour cette marée brune. Le PLR domine cinq cantons, dont quatre en Suisse romande et au Tessin. Ce bastion libéral-radical constitue une dernière ligne de défense contre une domination UDC qui paraît désormais inévitable dans toute la Suisse romande d’ici 2027. Certes, l’UDC dépasse Le Centre dans ses bastions historiques et consolide sa position de première force dans les parlements cantonaux. Mais en Suisse romande, la tradition démocrate-chrétienne et libérale du Centre et du PLR demeure plus ancrée culturellement. Les électeurs romands manifestent une allergie viscérale à l’autoritarisme populiste incarné par le nationalisme udciste, quand bien même ce dernier progresse électoralement.
La vraie question n’est donc pas si l’UDC parviendra à frôler les 30% aux fédérales, mais plutôt si les élus romands sauront conserver leur marginalité politique face aux attentes d’une droite alémanique dominante. Car une Suisse gouvernée avec une UDC à 30%, c’est une Suisse où la voix romande pèse désormais bien moins lourd dans l’équilibre helvétique. Et c’est exactement ce que la région devrait craindre en ce moment politique décisif.